WikiArtLibre

RencontreJanvier2007

PagePrincipale :: DerniersChangements :: DerniersCommentaires :: ParametresUtilisateur :: Vous êtes 38.103.63.16


Rencontre "extra ordinaire" (c'est à dire hors de l'ordinaire des rencontres habituelles) avec IrenaWillard? venue avec sa mère, peintre spécialisée dans le portrait et qui a fait les Beaux-Arts en Pologne.
Après quelques mots sur le copyleft appliqué à la création artistique, la bonne initiative que c'est et l'évidence de sa justesse qui saute aux yeux, les discussions se sont orientées vers la poésie : Iréna écrit et traduit des poèmes, elle a publié un recueil : "Ombres nébuleuses".
Je cite ce poème, un calligramme sous forme de noeud de Moebius intitulé "L'infinie beauté" :
la liberté, nuée bleue qui se transmettra à quelqu'un qui voyage émerveillé par L'infinie Beauté des myriades d'oiseaux-lyres s'envolant vers la liberté, nuée bleue qui se transmettra...
(et ainsi de suite de suite, à l'infini, par la faculté du noeud de Moebius).

Entre la poésie et la politique il y a plus qu'un rapport : un frottement explosif. ll a été question de l'histoire douloureuse de la Pologne, de l'état des Beaux-Arts et de la répression du pouvoir en place, de l'incroyable saccage fait aux oeuvres et crimes perpétrés contre les artistes polonais.
(Lire absolument par ailleurs Armand Robin ! Qui a su déceler la fausse parole quand les croyants de toutes sortes ont adhéré à l'accomplissement d'un paradis sur terre en train de se faire par l'action, la volonté et la sueur. "Suer et faire suer" pourrait être la devise de toute dictature.
Nous avons aussi évoqué l'anti-matière, la matière noire (invisible qui constitue 95% de la matière) et ce poème de Michel Cassé, astrophysicien au Commissariat à l'énergie atomique et chercheur associé à l'Institut d'astrophysique de Paris où il note là que "le non-vu sera le prochain visible."

Perçu au fil des discussions l'alliance nécessaire entre ce qui fait loi et ce qui fait la respiration de la loi : l'en dehors du texte, sa forme poétique qui altère et qui peut s'inscrire sous forme d'art possible. Et qui traverse la loi également en son institution. Difficile et fragile équilibre...
Une discussion contradictoire avec la mère d'Irena concernant ce qu'elle appelle "l'art conceptuel" et l'absence de technique, sa détestation pour cet art de fumistes. Nous lui avons expliqué que la technique n'était pas une fin en soi, mais un moyen toujours discutable pour la mise en forme de ce que produit l'esprit. "Causa mental" (dixit De Vinci) l'activité artistique a toujours été "conceptuelle", seulement explicitée par des pratiques nommées "conceptuelles" dans les années 70.

Je rappelle cette histoire que je raconte à mes étudiants des le premier cours :

Le prince Yuan de Song voulait faire exécuter certains travaux de
peinture. Des peintres se présentèrent en foule; ayant effectué leurs
salutations, ils s'affairèrent devant lui, léchant leurs pinceaux et
préparant leur encre, si nombreux que la salle d'audience n'en pouvait
contenir que la moitié.

Un peintre cependant arriva après tous les autres, tout à l'aise et sans
se presser. Il salua le Prince, mais au lieu de demeurer en sa présence,
disparut en coulisses. Le Prince envoya l'un de ses gens voir ce qu'il
devenait. Le serviteur revint faire rapport : "Il s'est déshabillé et
est assis, demi-nu, à ne rien faire."

- Excellent! s'écria le Prince. Celui-là fera l'affaire : c'est un vrai
peintre!


(Liminaire de Zhaung Zi (quatrième Siècle avant JC) in "Les propos sur la peinture du moine Citrouille-amère" de Shitao, Hermann, editeurs des sciences et des arts, traduction Pierre Ryckmans).


Cette histoire est instructive, à méditer, car elle indique bien où est la beauté et la liberté. Elle contredit les croyances crasses qui aliènent :
croyance dans la technique démonstrative,
croyance dans la reconnaissance du Prince d'après l'effort à lui plaire,
croyance dans la valeur du travail et de la sueur,
croyance dans la visibilité qui ferait preuve d'art,
croyance dans l'activisme qui ferait action,
croyance dans l'autorité qui ferait l'auteur,
croyance dans le plein emploi qui ferait le mérite,
croyance dans l'art tel qu'il pourrait paraître aux yeux du pouvoir,
croyance dans soi seul qui ne tiendrait pas compte de la liberté d'autrui et qui n'aurait pas confiance en cette liberté d'autrui (le Prince, libre lui-même et aimant la beauté de la liberté, contre toute attente et in fine, a su reconnaître la qualité réelle d'artiste du peintre "qui est assis à demi nu à ne rien faire").
C'est juste et justice et je pense que l'histoire de l'art fonctionne ainsi. Elle sait reconnaître ce qui procède de la liberté et de la beauté du geste libre. On peut penser que le ready-made de Duchamp a été ce geste beau et qui, contre toute attente est aujourd'hui considéré à sa juste valeur.

L'art libre procède de ce type de beauté du geste, contre toutes croyances crasses qui aliènent.
Il n'y a pas de commentaire sur cette page. [Afficher commentaires/formulaire]