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RencontreAvril2007

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Le Tigre n'était pas seulement de papier mais en chair et en os venu en la personne de RaphaëlMeltz son curieux Directeur de la Publication curieuse.
Ainsi donc nous avons discuté d'art et de libre, de littérature et de difficultés d'éditions, de choses et d'autres. De l'art libre. De ce que ce n'est pas envisageable pour les auteurs qui ont du mal déjà à vivre et à se faire reconnaître. Moi m'appuyant sur Simone Weil pour faire valoir la décréation comme réalité de la création contemporaine confrontée à sa propre auto-destruction par sa création même (pop) ou par la volonté de détruire (punk) :

"Décréation : faire passer du créé dans l'incréé.
Destruction : faire passer du créé dans le néant. Ersatz coupable de la décréation."


Je n'ai pas le loisir de développer beaucoup ici (le temps me manque et l'écriture m'ennuie, je préfère le bouche à oreille), mais la discussion très intéressante a soulevé pas mal de réalités concernant la situation des auteurs aujourd'hui et de leurs oeuvres et la qualité possible. Ce n'est pas simple et le choix est comme un choix vital, mais qui peut faire peur (faut bien vivre !...) Il s'agit là d'éthique et l'esthétique en est la forme profonde et active.

Je cite encore Simone Weil (toujours in "La pesanteur et la grâce") :

La création : le bien mis en morceaux et éparpillé à travers le mal.
Le mal est l'illimité, mais il n'est pas l'infini.
Seul l'infini limite l'illimité.

Le mal, c'est la licence, et c'est pourquoi il est monotone : il y faut tout tirer de soi. Or il n'est pas donné à l'homme de créer. C'est une mauvaise tentative pour imiter Dieu.
Ne pas connaître et accepter cette impossibilité de créer est la source de beaucoup d'erreurs. Il nous faut imiter l'acte de créer, et il y a deux imitations possibles – l'une réelle, l'autre apparente – conserver et détruire.
Pas de trace de « je » dans la conservation. Il y en a dans la destruction. « Je » laisse sa marque sur le monde en détruisant.


Voilà, il me semble (ça saute aux yeux, bien avant qu'une réflexion ne se fasse raisonnablement pour tenir à distance le vide créé par la décréation), ce qui est au fondement de l'art libre avec le copyleft : la décréation, libre de la création et de la destruction. Maintenant, on est libre de ne pas le reconnaître, le déni est la chose sans doute la mieux partagée aujourd'hui. Il n'empêche que l'opération se fait, à notre insu, à notre corps défendant, à notre risque et péril. Reconnaître ce fait réel de la décréation (et que l'art libre, selon les principes du copyleft, porte) est simplement clairvoyant. Il n'est pas dit que ce soit simple et facile. Ca pose pas mal de questions et problème et c'est sans doute impossible dans la réalité raisonnante du bruit de la raison dominante.

Ordinairement, la façon de voir les choses du libre procède soit de la raison technique, soit de la raison sociale, soit de la raison culturelle.
Mais la raison ne suffit pas. Là aussi, il faut déraisonner. Non pas verser dans la négation de la raison, mais se défaire d'une raison raisonnante et raisonnable et qui, au final, n'a pas raison, n'est pas la raison. Car (je paraphrase Pascal) : "Raisonner véritablement, c'est se moquer de la raison".
Nous avons mangé un couscous-mergez et eu le volume 2 du Tigre bleu pétrole.

Une interview du Tigre par libroscope.org.
Un texte paru dans R de réel sur le logiciel libre.
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