Compte-rendu de la rencontre du 25 août 2005
Présents :
ChristineBois?,
AntoineMoreau,
AntoinePitrou,
TanguiMorlier, et [moi|
IsabelleVodjdani].
Nous avons d'abord bavardé sur la masterisation des diplômes universitaires (maîtrise et DEA) avec Christine qui fait un master à Lille III sur les oeuvres copyleft et l'observation des jeux de filiation-transformation à travers des oeuvres conséquentes. Après 5 ans d'existence de la LAL, il paraît qu'elle ne manque pas de matière pour mener son étude.
A l'arrivée de Tangui, les discussions ont tourné sur la
création du nouveau site artlibre. Pas mal de travail a déjà été fait fin juillet début août, puis les choses sont restées un peu en plan pendant les vacances. Il y a encore beaucoup à faire.
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Tangui a beaucoup de choses à nous expliquer, et nous devons nous dépêcher de prendre ce site en main tant qu'il est disponible pour faire des modifications sur les fonctionnalités du site. C'est d'abord l'arborescence du site et le détail des fonctions liées à chaque branche qui sont délicates à déterminer. Sur cet aspect, Tangui et Antoine ont déjà bien avancé, mais il y a encore pas mal de mises au point à faire.
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Il faut maintenant s'attaquer à l'apparence du site. L'aspect sera le plus sobre possible, mais nous devons surtout choisir une présentation par onglets, indentations ou tout autre moyen, qui permette de donner une idée claire de l'organisation du contenu.
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Donc, encore beaucoup de travail sur la planche, et à chaque décision fonctionnelle ou formelle, ce sont des questions de fond qui se posent...
> et quelles sont ces questions de fond ?
Antoine Pitrou est invité avec Libroscope au __Carrefour Numérique (cité des sciences et de l'industrie de la Villette) à l'occasion de la fête de la science, sur le thème du "Partage de la Culture" pour le Samedi 15 octobre__.
Copyleft_Attitude est également invité; Antoine Moreau et moi y serons.
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Après le départ de Tangui nous avons discuté du contenu possible de nos interventions pour cette journée.
La question qui préoccupe en premier lieu Antoine Pitrou est celle du rapport entre logiciel et culture. Ecrire des programmes, est-ce une activité culturelle?
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Et quid de l'art? Est-il assimilable à la culture?
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> non, sinon il n'y aurait pas besoin de 2 mots différents.
En quoi résiste-t-il à la culture (Adorno)?
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> il dit quoi Adorno ?
Et d'abord est-il bien juste de parler de partage?
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> on peut parler de n'importe quoi, c'est bien la force du langage de pouvoir matérialiser dans une forme ce qui n'existe pas nécessairement. La justesse est alors celle du langage.
L'art a-t-il quoi que ce soit à partager?
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>Oui, si on le décide et le désire. Non, si on ne le veut pas.
S'il est vrai que l'art n'échappe pas à la culture, parce qu'il en est englobé, comment y introduit-il des ruptures?
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> c'est faux, la culture n'englobe pas l'art, pas plus que la religion n'englobe dieu. L'art éventuellement se dissout dans la culture et dissout la culture.
Grandes questions que nous avons brassées en fin de soirée, une fois les bières éclusées, sur le mode d'une conversation de comptoir.
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La lichette de gruyère que je tendais à Antoine Moreau a tranché la question: l'art c'est comme le trou dans le gruyère. "L'art c'est ce qui troue la culture" (dixit Antoine)...
Je passe sur beaucoup d'autres détours de cette discussion: les connotations caritatives associées au terme "partage", la question de l'objet d'art, de sa disparition et de ce qui en découle "quand les attitudes deviennent forme" (pour produire finalement des objets dérivés en guise d'art?), ou de l'objet comme vecteur de l'art et condition d'un écart (mais oui, les trous du gruyère!)...
Au moment d'écrire ce compte-rendu, je retrouve ceci :
>"Car la ''mimesis'' était précisément cela : non pas l'obligation de ressemblance à laquelle nos écoliers et pas mal de leurs maîtres s'obstinent à l'identifier, mais un principe de __partage__ au sein des activités humaines, délimitant un domaine spécifique et permettant d'y inclure des objets et d'y comparer des classes d'objets. __La ''mimesis'' séparait ce qui était et ce qui n'était pas de l'art.__ A l'inverse, toutes les définitions nouvelles, les définitions ''esthétiques'' où s'affirme l'autonomie de l'art, disent diversement la même chose, affirment le même paradoxe: l'art se reconnaît désormais à un caractère d'insdistinction. Ses produits manifestent sensiblement la qualité de ce qui est du ''fait'' identique au ''non fait'', du ''su'' identique au ''non su'', du ''voulu'' identique au ''non voulu''. En bref, le propre de l'art, enfin nommable comme tel, est son identité avec le non-art. Et c'est en cela que l'art relève désormais positivement de la notion de vérité. Non pas parce que l'art s'affirme comme seul capable de vérité - selon la thèse que Badiou attribue contre toute justice au romantisme allemand -, mais parce qu'il est art pour autant seulement qu'il relève de cette catégorie. Et il en relève parce qu'il est l'attestation, dans le sensible, dans la différences d'un sensible au régime ordinaire du sensible, d'un passage de l'idée. __Il y a de l'art, dans ce régime, parce qu'il y a de l'éternité qui passe, parce que le mode nouveau de l'éternel est de passer.__"
Jacques Rancière, ''Malaise dans l'esthétique'', Editions Galilée, 2004, pp. 90-91 (chapitre sur "L'inesthétique d'Alain Badiou: les torsions du modernisme.") - Nota : les italiques sont dans le texte mais c'est moi qui surligne en gras -
> je ne sais pas ce qui permet d'affirmer que cela est nouveau, et quand cela fut-il nouveau ? peu importe en fait, il y a une infinité d'autonomies de l'idée du monde et cela ne suffit sans doute pas. Le paradoxe de l'eternité inconcevable ne peut pas restreindre l'idée de l'art, quelle qu'elle soit, et inversement. L'horizon s'éloigne encore quand on s'en rapproche.
Bonjour Yann,
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Merci de venir prendre part aux discussions de loin. Bon, tout cela c'est des conversations de café, mal résumé.
Pour le site, tu peux t'en douter, dès qu'on se demande sous quelle forme, dans quelle ordre, ou avec quelles fonctionnalités, mettre des informations, c'est une ribambelle de questions qui se posent. Tout comme les inévitables réflexions que suscite l'usage et la gestion d'un wiki par exemple. Je ne peux pas résumer ces questions, elles sont encore très mélangées, il y en a trop, elles apparaissent, font des petits, glonflent et se dégonflent. C'est toujours angoissant cette période où un site est encore informe; entre le jargon technique, les présupposés ou envies plus ou moins formulées des uns et des autres, nous ne sommes même pas sûrs de bien nous comprendre.
Sur Adorno, voici deux documents intéressants et copieux :
[Introduction à l’esthétique d’Adorno|
http://pages.globetrotter.net/charro/HERMES9/adorno1.htm] par Raphaël Clerget
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''Approche de l’esthétique d’Adorno par l’analyse du rapport à Marx dans la Théorie esthétique''
et ce texte important d'Adorno en collaboration avec Max Horkheimer (1944)
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[The Culture Industry: Enlightenment as Mass Deception|
http://www.marxists.org/reference/subject/philosophy/works/ge/adorno.htm]. J'en cite ici quelques extraits qui ont rapport avec notre discussion :
“Hence the style of the culture industry, which no longer has to test itself against any refractory material, is also the negation of style. The reconciliation of the general and particular, of the rule and the specific demands of the subject matter, the achievement of which alone gives essential, meaningful content to style, is futile because there has ceased to be the slightest tension between opposite poles: these concordant extremes are dismally identical; the general can replace the particular, and vice versa.
…The great artists were never those who embodied a wholly flawless and perfect style, but those who used style as a way of hardening themselves against the chaotic expression of suffering, as a negative truth. The style of their works gave what was expressed that force without which life flows away unheard….
As late as Schönberg and Picasso, the great artists have retained a mistrust of style, and at crucial points have subordinated it to the logic of the matter. What Dadaists and Expressionists called the untruth of style as such triumphs today in the sung jargon of a crooner, in the carefully contrived elegance of a film star, and even in the admirable expertise of a photograph of a peasant’s squalid hut. Style represents a promise in every work of art. That which is expressed is subsumed through style into the dominant forms of generality, into the language of music, painting, or words, in the hope that it will be reconciled thus with the idea of true generality. This promise held out by the work of art that it will create truth by lending new shape to the conventional social forms is as necessary as it is hypocritical. It unconditionally posits the real forms of life as it is by suggesting that fulfilment lies in their aesthetic derivatives. To this extent the claim of art is always ideology too.
However, only in this confrontation with tradition of which style is the record can art express suffering. That factor in a work of art which enables it to transcend reality certainly cannot be detached from style; but it does not consist of the harmony actually realised, of any doubtful unity of form and content, within and without, of individual and society; it is to be found in those features in which discrepancy appears: in the necessary failure of the passionate striving for identity. Instead of exposing itself to this failure in which the style of the great work of art has always achieved self-negation, the inferior work has always relied on its similarity with others – on a surrogate identity.
In the culture industry this imitation finally becomes absolute. Having ceased to be anything but style, it reveals the latter’s secret: obedience to the social hierarchy.
…
The analysis Tocqueville offered a century ago has in the meantime proved wholly accurate. Under the private culture monopoly it is a fact that “tyranny leaves the body free and directs its attack at the soul. The ruler no longer says: You must think as I do or die. He says: You are free not to think as I do; your life, your property, everything shall remain yours, but from this day on you are a stranger among us.” Not to conform means to be rendered powerless, economically and therefore spiritually – to be “self-employed.” When the outsider is excluded from the concern, he can only too easily be accused of incompetence.
…
The purity of bourgeois art, which hypostasised itself as a world of freedom in contrast to what was happening in the material world, was from the beginning bought with the exclusion of the lower classes – with whose cause, the real universality, art keeps faith precisely by its freedom from the ends of the false universality.
…what is new is that the irreconcilable elements of culture, art and distraction, are subordinated to one end and subsumed under one false formula: the totality of the culture industry”
The secret of aesthetic sublimation is its representation of fulfilment as a broken promise….Works of art are ascetic and unashamed; the culture industry is pornographic and prudish.
Culture is a paradoxical commodity. So completely is it subject to the law of exchange that it is no longer exchanged; it is so blindly consumed in use that it can no longer be used. Therefore it amalgamates with advertising. The more meaningless the latter seems to be under a monopoly, the more omnipotent it becomes. The motives are markedly economic.”
Et puis il faut faire un petit détour par ce texte où Adorno s'explique sur l'usage des termes ''Culture Industry'' et ''Mass Culture'' : [Culture Industry reconsidered|
http://alum.hampshire.edu/~cmnF93/culture_reconsidered.txt]
Pour ce qui est de Jacques Rancière, quand il parle de nouveauté, c'est par rapport à la conception de la mimesis héritée de Platon.