Voici un texte qui me paraît intéressant à relire en regard des [Thèses sur l'art contemporain|
http://www.civiccentre.org/SPEAKERS/Keynotes/Badiou.Abstractfrench.html] d'Alain Badiou, qu'Antoine signalait il y a quelques temps. J'en cite de larges extraits.
Ce manifeste a été rédigé à La Haye, le 6 mars 1923, et signé par Théo Van Doesburg, Kurt Schwitters, Hans Arp, Tristan Tzara, et Chr. Spengmann.
Début de citation .....
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Manifeste L'art prolétarien''
''Un art qui se réfère à une certaine classe n'existe pas, et s'il existait, il n'aurait, existentiellement parlant, aucun intérêt.''
''Nous posons la question à ceux qui se proposent de créer un art prolétarien : "qu'est-ce qu'un art prolétarien?" Est-ce l'art pratiqué par les prolétaires eux-mêmes? ou l'art qui ne sert qu'au prolétariat? ou l'art qui éveille des instincts prolétariens (révolutionnaires)? L'art pratiqué par le prolétaire n'existe pas, car le prolétaire, dès qu'il crée de l'art, n'est plus un prolétaire mais devient un artiste. L'artiste n'est ni prolétaire ni bourgeois, et ce qu'il crée n'appartient ni au prolétariat ni à la bourgeoisie, mais à tout le monde. L'art est une fonction spirituelle de l'homme dont le but est de le sauver du chaos existentiel (tragédie). L'art est libre quant à l'utilisation de ses moyens, en revanche il est enchaîné à ses propres lois et rien qu'à elles; et il suffit qu'une oeuvre soit une oeuvre d'art pour qu'elle s'élève largement au-dessus des antagonismes de classes du prolétariat et de la bourgeoisie. Inversement, à supposer que l'art doive exclusivement servir le prolétariat - mis à part que le prolétariat est contaminé par le goût bourgeois- cet art serait limité, aussi limité que l'art spécifiquement bourgeois. Cet art ne serait pas universel, il ne serait pas le produit d'un sentiment mondialiste, mais d'idées individuelles, sociales, limitées dans le temps et l'espace. L'art qui réveille des instincts à tendances prolétariennes se sert, au fond, des mêmes moyens que l'art religieux ou nationaliste. Même si cela peut paraître banal, au fond, quelqu'un qui peint l'Armée rouge avec Trotsky à sa tête fait la même chose que celui qui peint l'armée impériale avec Napoléon. Que l'on éveille des instincts prolétariens ou des sentiments patriotiques n'influence en rien la valeur du tableau en tant qu'oeuvre d'art. L'un comme l'autre sont, sur le plan de l'art, une escroquerie.''
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''L'art tel que nous le voulons, l'art n'est ni prolétarien ni bourgeois, car il révèle des forces suffisamment puissantes pour influencer la culture dans son ensemble, au lieu de se laisser influencer par des rapports sociaux.''
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''Toute oeuvre d'art prolétarienne n'est rien d'autre qu'une affiche en faveur de la bourgeoisie.''
''Nous, à l'inverse, nous préparons l'oeuvre d'art totale. Celle-ci est supérieure à toutes les affiches, que celle-ci soient fabriquées pour une secte, pour Dada ou pour une dictature communiste.''
.....................................................................................fin de citation
A méditer, évidemment en replaçant ce texte dans le contexte de 1923, mais aussi en se demandant où nous en sommes maintenant, quand Pierre-Michel Menger peut placer l'artiste d'aujourd'hui comme le modèle le plus performant du travailleur dans le fonctionnement du monde du travail contemporain. Cet artiste a en effet toutes les qualités requises : polyvalence, esprit d'initiative et d'entreprise, flexibilité, individualisme en même temps que capacité de travailler en équipe, prise de risque personnelle,... En sommes toutes les qualités liées à la précarité.
Pierre-Michel Menger : ''Portrait de l'artiste en travailleur, Métamorphoses du capitalisme'', Seuil, la république des idées, 2002.%%%
--[Isabelle|
IsabelleVodjdani]
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