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Compte-rendu rapide de la journée du 13.01.06 du colloque : Journées d'économie de la culture : création et diversité au miroir des industries culturelles.

http://www.culture.fr/Groups/etudes_et_recherches_culturelles/PublicItems/evenements/840/239640

Faire un compte-rendu toujours me pose un problème d'écriture :
C'est un genre comptable pour lequel je ne suis pas très enclin.
Il va y avoir la publication des actes et très prochainement très certainement des extraits sonores en ligne. Vous irez voir pour plus de détails (l'ensemble du colloque a été très dense, je n'ai assité qu'à la journée du 13, j'ai su que la veille avait été aussi très intéressante).

Je ne trace ici que ce que j'en ai retenu.

Olivier Bomsel :
C'est le point de vue de la production industrielle de la culture comme marchandise.
Ce qui compte c'est ce qui se compte. Hors du chiffre, point de salut. Hors de l'utilité économique, point d'existence.
La thèse défendue tout au long de l'argumentaire est que la gratuité nuit à la diversité car c'est la distribution "en clair" (c'est à dire avec l'aide des annonceurs, et la phrase "temps de cerveaux disponible de Le Lay a été citée) qui permet de cibler au mieux les publics et leurs préférences particulières. Ce qu'on appelle le "versionnage".
Bonne analyse des effets de réseau (horizontal et vertical) mais uniquement du point de vue de l'économie réduite à l'économisme. Une brève histoire de l'audiovisuel nous fait comprendre que le modèle est la TV et notamment la TV payante : appliquer ce modèle au net.

Michel Gensollen :
Le titre de son exposé : "La culture entre économie et écologie : Les communautés en ligne".
Le transparent .ppt de la présentation (s'ouvre avec OOo)

Très intéressante analyse de la réalité sociale, technnique et créative de l'internet.
Le réseau des réseaux est une communauté vivante mais tous les sites ne sont pas des communautés. Il y a des communautés d'expériences et de pratiques. Relation entre ces deux types avec fluidité de la forme communautaire qui fait aller de l'une à l'autre.

La question : qu'est-ce qu'une oeuvre numérique ? et son rapport au marché fait conclure qu'elle n'est numérique qu'au moment du flux ( c'est à dire au milieu, ni au départ (dans le cas d'une transposition pour le net), ni à l'arrivée (son utilisation hors ligne)),
qu'elle est non-rivale et donc qu'il n'y a pas de marché pour les oeuvres numériques.
Ceci est amplifié quand chacun peut numériser (le grand public) et quand la production elle-même est au départ numérique (art-net, toute création qui n'a pas en amont d'existence hors le net). C'est la tendance au "tout numérique".
L'oeuvre numérique sera transformable à l'envi (exemple donné : on remplace Léonardo Caprio par Brad Pitt dans "Le Titanic", on change la fin, etc)

On ne peut empêcher le progrès technique, socialement c'est un désastre quand ça arrive (Michel Gensollen, aussi brillant que drôle, donne ces exemples de stoppage de progrès technique dans l'histoire :
en pays Islamique en 1200,
en Chine en 1450 (la guerre des eunuques),
au Japon vers 1600).
Refuser le progrès technique c'est tomber dans le "néant de l'histoire".
L'exemple des brevets le confirme, c'est une mesure mortifère qui ferme de plus en plus l'avancée de la science.

Critique des oeuvres non-rivales : d'après une étude portée sur les jeux vidéos, il ressort que la qualité Kantienne de l'oeuvre soit toujours d'actualité mais qu'elle est fortement pondérée par la question de la beauté verticale (esthétique Platonicienne classique). Deux modèles qui portent le jugement : technique (jouabilité) et genre (simulation ou doom-like, etc)

La communauté en ligne et son corpus :
C'est le modèle du tableau noir sur lequel chacun écrit en assurant la cohérence du corpus. Le bien est commun et non-rival.
Mais ! : il y a trop d'écriture et pas assez de lecture.
Aussi a-t-on un changement pour ce qui concerne la "rareté essentielle" : elle n'est plus dans l'oeuvre, mais dans le lecteur (ou auditeur).
Ceci est très intéressant et on peut le dire ainsi : Les oeuvres ne sont plus rares c'est le pratiquant de l'oeuvre qui est devenu rare.
Il y a inversement de la valeur de rareté.

Pour conclure Michel Gensollen dit de façon plutôt lapidaire: "il n'y a plus de droit moral de l'auteur, les contributions sont reprises et ainsi de suite".

L'économie de la culture numérique n'est pas l'économie de la culture transposée sur le net car celle-ci est incohérente au plan industriel et nulle commercialement.
Il y a une autre économie pour le net qui déplace la valeur vers les équipements, les consommables, les réseaux (cf De Gustibus Non Est Disputandum de Stigelr et Becker, 1977) et produit de l'utilité avec des oeuvres rivales.

Conclusion :
La notion d'auteur évolue avec celle de l'oeuvre et de ses critères de qualité.
Eclatement de la fonction de création culturelle.
L'aide à la création culturelle se prolonge par l'aide à l'acculturation. http://fr.wikipedia.org/wiki/Acculturation
C'est à dire avec les communautés d'expériences et de pratiques qui permettent d'orienter "l'expérimentateur pratiquant" ( je traduis ça comme ça pour dire "le consommateur de biens culturels numériques") vers sa propre reconnaissance. Son identité, son existence.
La valeur est dans le récepteur car il est rare et même unique, au contraire des oeuvres qui, non rivales, sont légions et multipliées.

Cette matinée était très intéressante pour constater deux pôles opposés : Bomsel et Gensollen.

J'ai posé la question qui actuellement me tient à coeur, celle du revenu minimum d'existence pour trouver solution à la rémunération des auteurs, sachant que les oeuvres non-rivales ne valent rien. D'un point de vue financier dans ce qui se met en place au niveau industriel avec le net et le numérique.
L'idée : il ne peut y avoir de rémunération des auteurs directement avec leur oeuvre (et les auteurs c'est aussi les "consommateurs" (ce terme est celui qu'emploie Michel de Certeau dans "l'invention du quotidien").
Mais indirectement avec un revenu minimum d'existence (ou de citoyenneté).
La realtion financière à l'oeuvre est une "relation d'objet indirecte". Il faut savoir conjuguer ce temps et cet espace là du net et du numérique. Sinon : on demeure dans une conception passée et passéïste de l'art, des auteurs et de la culture.
Christine Boutin a été la dernière personne politique à proposer un projet dans ce sens http://isolement.frs-online.org/
Pour résoudre la question de la rémunération des auteurs, il faut envisager la question du revenu minimum "artistique" (pourquoi ne pas l'appeler ainsi, car l'art est dans cette économie de la grâce (non pas de la gratuité).
L'un sans l'autre, ça ne tient pas. L'accès libre et le revenu libre (c'est à dire libéré du travail) sont liés.

Bomsel a répondu sans répondre et sans même imaginer ce dont il pouvait s'agir.
Pour ma part je pense que c'est précisément là qu'il faut creuser :
il n'y a plus d'artistes au sens classique,
il n'y a plus d'oeuvres au sens classique,
il n'y a plus de revenus au sens classique.
Il y a toujours des artistes, des oeuvres et des revenus, mais indirectement et essentiellement à l'inverse :
les artistes sont les recepteurs (la valeur du lecteur)
les oeuvres sont des moules (la matrice qui va générer des versions d'oeuvres conséquentes)
les revenus sont sans condition de travail ( ils sont liés à l'environnement économique qui est devenu la condition d'existence).


L'après-midi :

B Warnsfel, juriste :
Rappelle que la Propriété Intellectuelle est une fiction juridique. Le droit est une fiction utile. "On n'a jamais déjeuné avec une personne morale".
Il évoque le logiciel libre comme étant un contre modèle toujours compris dans le code de la PI et pointe sur un danger : la régulation, non plus par le droit, mais par la force brute de la technique (les droits d'accès) que tente de mettre en place la loi DADVSI.

Question : allons-nous sortir des droits de la PI ?
Le droit doit s'adapter (et il le fait toujours). La tendance est à la contractualisation (avec les licences libres de contenus culturels).

Je passe sur le reste et sur les autres intervenants.


Conclusion :
très intéressante journée. L'économie de la culture est prise dans des questions de droit d'auteur mais pas seulement : droit de la concurrence, droit industriel, droit des marques, etc.
Il n'y a peut-être que les artistes qu'on entendent pas. Mais les artistes sont les ouvriers de la culture, ceux qui font oeuvres (qui ouvrent, ce sont des oeuvriers) : à savoir s'ils sont serfs ou libres.
Et libres, c'est aussi ce moquer de "l'état de l'art".
Celui-ci ne peut déterminer ce qu'il en est de la création artistique et de ce qu'elle va devenir. Il se pourrait qu'elle surprenne. Encore et comme toujours, il y a de l'inimagineable dans l'invention.
Maintenant, on peut observer plus ou moins justement ce qui se passe et avoir une image juste de l'état des lieux. Ce que nous essayons de faire ici.

-- AntoineMoreau


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